Les paris politiques du Grand Paris

L’envisageable fin du mandat de Nicolas Sarkozy annoncera t-elle un changement de cap pour le projet du Grand Paris ?

Rappel des faits :

Souvenez-vous : septembre 2007, lors du discours d’inauguration de la cité de l’architecture et du patrimoine, le président de la République annonçait, en grande pompe, la mise en place d’un nouveau dessein pour la capitale française, en vue de sa compétitivité avec les grandes métropoles mondiales. Paris était, selon les « experts », en perte de vitesse face aux forces grandissantes des premières villes mondiales et autres pôles asiatiques. Autrefois surnommée la Ville Lumière, Paris ne conservait sa visibilité mondiale que grâce à son centre touristico-patrimonialiste, vivant presque exclusivement de l’hôtellerie, de la restauration pour riches étrangers et de la vente de tours Eiffel dorées.

La dernière actualité en date de la capitale qui faisait la une des grands journaux internationaux ? Ses émeutes en 2005. Ce tragique évènement venait confirmer l’agonie d’une ville et d’un modèle culturel autrefois jugé exemplaire.

En 2005 encore, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait remis l’avenir de la France en jeux. Ce dernier n’avait pas su assurer la mission de restaurer le blason parisien en s’étant fait voler la vedette par Londres pour les Olympiques.

Face à l’incompétence des pouvoirs politiques locaux, un nouveau président élu pour réellement faire bouger les choses allait prendre le terreau parisien par les cornes. Comme Napoléon III appelant le Baron Haussmann en 1848 pour la rénovation du Paris médiéval, Sarkozy convoqua 10 équipes réunies autour de « starchitectes » pour redessiner le Paris du XXème siècle et sa banlieue. Nouvel, Rogers, Potzamparc, Grumbach et autres esthètes se mirent au travail. Des idées pertinentes fusèrent, les plans et les échelles s’élargirent enfin. Logement, transport, économie, emploi, culture environnement, universités furent autant de thèmes traités par les équipes d’architectes.

Car il est vrai, qu’au delà de l’esprit « com » de la démarche en appelant des célébrités de l’architecture, le territoire francilien avait besoin d’un projet de grande envergure pour rester dans la course des « villes-mondes ». Paris intra-muros isolé par son périphérique demandait depuis longtemps à s’ouvrir sur l’ensemble de son agglomération. Une urbanisation trop scindée, pleine de contrastes. N’oublions pas que si Paris dénombre 2 millions d’habitants et s’illustre comme la commune la plus peuplée de France, les «parisiens» vivent également à l’extérieur avec 10,4 millions pour l’ensemble de l’agglomération. La ville de Paris était donc trop petite pour être la capitale d’un pays hyper-centralisé et son agglomération trop éparse, trop inégale et trop peu connectée pour espérer être une ville attractive pour les investisseurs.

Si les équipes pluridisciplinaires fournirent un travail honorable, on regrette cependant l’absence de leur proposition dans le projet dont il est question aujourd’hui. En effet, le Grand Paris, qui devait s’illustrer comme la métropole durable de l’après Kyoto, s’est fortement focalisé autour d’un seul et unique objectif : une infrastructure de transport pour développer l’économie des territoires, dénommée « Grand Huit », «Metro Automatique» ou encore « Grand Paris Express ».

Ce nouveau métro permettra de désenclaver les territoires franciliens, les relier entre eux sans passer par le sacro saint centre de Paris. L’intérêt de ladite infrastructure est indiscutable pour palier les carences de mobilité de la capitale française. Ce n’est pas l’utilisateur des transports en commun qui le contredira. Dormir sur ces deux oreilles la veille d’un RDV important, lorsqu’on habite la petite ou grande couronne reste un exploit si l’on se déplace avec le RER. Car quelque soit la ligne, personne ne peut jamais être sûr de son bon fonctionnement.

Mais les nombreux termes existants pour dénommer cette boucle de métro traduisent les oppositions qui se sont cristallisées autour du projet. L’Elysée s’est présentée comme l’initiatrice du Grand Paris. Or des élus locaux s’étaient déjà mis au travail depuis bien longtemps. La version 1 du métro automatique du Grand Paris développée par Christian Blanc, le secrétaire d’Etat alors chargé du développement de la région capitale jusqu’en juillet 2010, faisait ainsi table rase des efforts fournis par la région Ile de France, le STIF (1) et les nombreuses communes franciliennes qui, des années durant, avait mis en place Arc Express. Ce projet de transport devait relier les territoires entre eux tout en s’appuyant sur la rénovation des infrastructures existante : 

Par ailleurs, quelle légitimité avait l’Etat de porter le projet du Grand Paris ? Au diable le processus de décentralisation engagé depuis les lois Deferre en 1982, ayant donné la compétence de l’urbanisme aux communes ou encore des transports aux régions ? L’Elysée, malgré l’inconstitutionnalité probable de son intervention politique, travailla à la redéfinition de l’avenir de parisien sans concert avec les pouvoirs locaux. Après de longs débats tumultueux à l’Assemblée et au Sénat, la loi relative au Grand Paris fut tout de même votée le 3 juin 2010. Un mastodonte de l’aménagement urbain fut créé. La SGP ou Société du Grand Paris est aujourd’hui chargée de concevoir le projet de métro. Avec le préfet de Région, la SGP met en place les CDT (contrats de développement territoriaux) qui doivent servir aux acteurs publics pour définir le projet accompagnant l’implantation des nouvelles gares. Mais les dispositions de la loi, notamment en matière de délais, rendent la participation des collectivités aux projets ferroviaires quasiment impossible.

Si l’Etat a pu reprendre le flambeau du Grand Paris c’est qu’il a su combler une brèche dans le paysage politique francilien. En effet, il faut mesurer l’importance du problème de gouvernance dans le territoire de l’agglomération parisienne : 1281 communes dont Paris qui déséquilibre les relations, 8 départements, une région et autant de forces politiques souvent antagoniques qui n’arrivent pas à porter un projet commun autour du futur de la capitale.

Les élus locaux réagirent. En 2009, Pierre Mansat, l’adjoint de Bertrand Delanoë chargé des relations entre Paris et les collectivités territoriales d’Île-de-France, mis en place au travers du syndicat Paris Métropole, un outil de gouvernance innovant. Enfin, les collectivités de l’ensemble du territoire francilien dialoguaient entre elles.

Parallèlement, une histoire de cigare faillit mettre le feu à la crédibilité du gouvernement dans ce projet. Un scandale éclata en juin 2010. On appris que Christian Blanc dépensait plus d’euros pour la Havane que pour la capitale française en s’étant fait payer 12 000 euros de cigares par les contribuables. Blanc démissionna. Michel Mercier récupéra le projet au sein de son Ministère de l’Espace Rural et de l’Aménagement du Territoire puis c’est Maurice Leroy au Ministère de la Ville qui s’en chargea.

Ce ballotage de ministère en ministère profita sans doute aux forces politiques locales. Paris Métropole par sa légitimité démocratique apparaît comme un acteur indispensable de propositions et de concertation autour du Grand Paris. En effet,le syndicat élève le débat politique scindé traditionnellement droite/gauche avec une représentativité indiscutable de tous les partis. Des communes UMP, mécontentes de l’autoritaire projet gouvernemental, ont ainsi adhéré au syndicat Paris Métropole.

La question de la bonne échelle pour traiter d’un véritable projet métropolitain est toujours soulevée aujourd’hui. Récemment Claude Bartolone, le président PS de la Seine Saint Denis a fait une proposition houleuse concernant, la fusion des quatre départements centraux de l’Ile de France pour créer un grand territoire du Grand Paris. Le problème de la gouvernance parisienne n’est donc pas encore réglé.

Il n’empêche, des mesures concrètes du projet émanent aujourd’hui. On peut citer entre autres :

 - La double boucle de métro automatique
 - Les 57 nouvelles gares et une concentration de moyen sur des territoires définis :

- La mise en place de labels « Grand Paris » pour des projets exemplaires retenus capable de donner renforcer l’identité métropolitaine du Grand Paris  (http://www.ville.gouv.fr/?label-grand-paris-22-premiers).

- Le développement d’un axe fluvial Paris – Rouen-le Havre par la Seine et le Canal Seine-Nord, afin d’offrir une façade maritime au Grand Paris.

Ainsi, porté par Sarkozy ou pas, Le Grand Paris est bien là et l’absence d’un nouveau mandat pour le président sortant n’enterra pas le projet si vite. La SGP est lancée, les futures gares sont projetées. Compte tenu du mille feuille administratif en Ile de France, la mise en place d’une structure politique en amont des collectivités semble indispensable. Outre Manche nos compatriotes britanniques l’ont compris il y a plus de 10 ans. Depuis 2000, le Grand Londres dispose en effet d’une institution métropolitaine élue : la Greater London Authority (GLA).

Néanmoins, il n’est pas certain que la prépondérance du gouvernement dans le projet soit toujours à l’ordre du jour en cas de changement de chef de l’Etat. Jean Paul Huchon, le président de la région Ile de France, imagine déjà une intégration de la SGP au STIF en cas d’éviction de l’UMP à la présidentielle.

Le débat politique certes incontournable pour un projet d’une telle envergure a sans doute atteint son paroxysme. Il ne faudrait pas que le jeu des forces politiques face perdre le cœur même du sujet du Grand Paris : développer Paris vers sa banlieue, enrayer la crise du logement et instaurer de véritable mesures environnementales concrètes à l’échelle francilienne.

Le Grand Paris, par le projet d’avenir stratégique qu’il propose à la France, n’est donc ni de droite ni de gauche. Espérons que les autorités compétentes qui assurent sa mise en place travaillent davantage la réussite du projet plutôt qu’à sa récupération politique en vue de l’échéance électorale. 

Maëlle Despouys

Pour plus de Grand Paris, une bien belle sitiographie :

http://www.mon-grandparis.fr/

http://www.legrandparis.net/

http://www.societedugrandparis.fr/

http://www.ville.gouv.fr/?Le-Grand-Paris

http://www.parismetropole.fr

http://www.ateliergrandparis.com/

http://www.ile-de-france.gouv.fr/

http://grandparis.blogs.liberation.fr/

_________________________

1 STIF : Le syndicat des transports d’Île-de-France est l’autorité organisatrice des transports de la région Île-de-France. Les membres du STIF sont le conseil régional de l’Île-de-France et les huit conseils généraux des départements de cette région : Essonne, Hauts-de-Seine, Paris, Seine-Saint-Denis, Seine-et-Marne, Val-de-Marne, Val-d’Oise et Yvelines.


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