Villes miminiatures, l’overdose de timelapse ?

Il y a quelques années, avec la démocratisation des appareils photos numériques et des logiciels de retouche photo nous avons eu droit a une avalanche de portraits macro, panoramiques et artistiques de nos villes. Concours et marathon photos sont alors devenus légion pour inciter le citoyen à s’emparer d’une nouvelle esthétique de la ville désormais à la portée de tous.

A l’heure actuelle, le cliché macro sur le bout de mousse qui pousse sur le trottoir du voisin se rarifie (heureusement) et la mise en scène de nos environnements urbains s’est adaptée aux nouvelles technologies de captation et aux nouveaux modes de représentation.
Aussi, pour être cool et se sentir un peu "artiste dans la ville" il est aujourd’hui nécessaire de s’essayer au time-lapse.
Vieux d’un siècle, le procédé consiste à prendre des photos à intervalle de temps constante et à les passer ensuite à la vitesse cinématographique de 24 images par seconde. Le résultat : un effet vidéo d’accélération inversement proportionnel au nombre de photos prises par seconde/minute/heure/jour/etc.
Idéal donc pour représenter la lente éclosion d’une fleur, un ballet de nuage, la construction d’une tour et surtout la vie d’une ville, caractérisée par le contraste stylistique évident crée par la confrontation de ses permanences (les infrastructures et le bâti, immobiles) avec leur animation (piétons, trafic, constructions, etc.) et l’évolution de la journée (météorologique et lumineuse).

Conséquence, depuis deux, trois ans donc, avec la diffusion du matériel haute-définition et la vulgarisation des logiciels de montage vidéo, presque toute les villes du globe se sont retrouvées "time-lapsée" de jour, de nuit et du jour à la nuit. Si le résultat esthétique est généralement réussi, le sentiment de lassitude gagne face à cette avalanche de couchers de soleil, de nuages mouvants (captant souvent plus le regard que la ville en elle-même), de carrefours automobiles filmés de nuit, d’accentuation des contrastes de couleurs et de travellings sur les monuments emblématiques. Et au final, souvent, cette impression de miniature, d’irréel, d’immatériel parfois poussée à l’extrême par des effets de flou, de décentrement (tilt-shift) ou de loupe.

Une fois vue une vidéo de New-York en time-lapse, il n’est pas compliqué de s’imaginer, à quelques particularités près, Paris, Tokyo, Istanbul ou Rio en accéléré miniaturisé.
On touche là aux limites de ce procédé, purement esthétique, qui après l’accumulation de vidéos du même type ne semble rien montrer d’autre que des lumières qui scintillent, des nuages qui passent et des rues animées (ou pas) sur fond de musique au choix conceptuelle ou émouvante … jusqu’à la nausée.
Et si certaines vidéos captant des phénomènes météorologiques surprenants ou celles misant sur un véritable pari esthétique peuvent sortir du lot, le sentiment d’être mis face à des villes en minuscule où tout est parfaitement réglé finit par prendre le dessus. Capté dans des laps de temps précis, à des moments et à des endroits choisis pour leur force visuelle, l’urbain est l’objet d’une mise en scène ultra-maîtrisée qui montre simplement ce qu’elle veut faire voir : une ville à mi-chemin entre le contrôle et l’observation à la SimCity et l’imaginaire des parcs d’attractions (lumières, couleurs, intemporalité), en somme une ville infantilisée complètement déshumanisée.

Parlant de parcs d’attractions, le parallèle avec ceux qui se sont spécialisés dans le miniature vient immédiatement en tête. En particulier Madurodam qui recrée les Pays-Bas en modèles réduits. L’enfant s’y retrouve subjugué par les personnages, péniches, trains et avions qui se meuvent sous ses yeux donnant vie à ses morceaux de villes lilliputiennes. Devant le visionnage des premières vidéos en time-lapse l’effet est le même. Mais comme l’enfant qui reviendrait adulte à Madurodam on saisit rapidement après plusieurs visionnages l’envers du décor, le faux de la mise en scène et l’absence d’interaction, de possibilités d’interprétation. L’émerveillement face à la technique peut alors persister mais le jeu de dupe prend fin, l’émotion avec.

Images de la vidéo "Tiny Amsterdam" et du parc de Madurodam à La Haye.

Que ce mode de représentation sublime un temps la vision que nous avons de nos villes et de notre quotidien pourquoi pas. Qu’il devienne un mode de représentation offrant une vision "miminiature" ou "arty" de la ville, évidemment récupérée rapidement par la publicité et le marketing urbain pose question. Car avec cette mode du time-lapse on tend toujours plus vers une esthétisation à l’extrême d’un urbain toujours plus impersonnel, pris de haut ou de côté sans jamais prendre la profondeur de champ, le contexte. Finalement pour des villes qui cherchent à se différencier toujours plus dans la course à l’attractivité on aboutit à une ressemblance de plus en plus forte, à un nivellement esthétique de la perception de l’urbain. Idéal pour le touriste mondialisé et le consommateur de vidéos, moins intéressant pour la mise en avant de cultures ou de particularismes locaux noyés dans le flot d’images léchées sans fond narratif (excepté dans la publicité où l’on se contente d’infantiliser le propos en plus de l’image).

Face à cette multiplication et cette récupération, il y a donc de quoi souhaiter que nos créatifs urbains se renouvellent un peu et investissent des champs un peu plus profonds et inventifs de la représentation urbaine. Pour le time-lapse, les nuées de touristes équipées de matériel HD s’en chargeront et ça restera dans leurs salons ou sur leur chaîne Youtube, sans que l’on s’en plaigne !

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Si vous voulez encore du time-lapse, voici tout de même une petite sélection de celles que l’on a aimé avant l’overdose :

Le trafic à Ho-Chi-Min

Le carnaval à Rio

City Limits

Trop d’émotions à Abu Dhabi

Moscou

Pas encore rassasiés ? Viméo a crée une chaîne spéciale pour vous.

2 réflexions sur “Villes miminiatures, l’overdose de timelapse ?

  1. Ping : L’impressionnisme des temps modernes « MyCityBlog

  2. Vision très personnelle et intéressante aussi sur le timelapse.
    A méditer et pourtant j’aime ce procédé, je le consomme, le visionne, le réalise… avant l’overdose ? Peut être.

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