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Bosso Fataka, street-arte povera.

Le collectif berlinois Bosso Fataka se fait remarquer depuis quelques mois par ses étranges installations dans les rues de la capitale allemande.
Pour les mettre en place, il suffit pour ces cinq étudiants en design et en architecture d’un objet du quotidien abandonné ramassé dans la rue, de papier-cellophane, d’un lieu adéquat chargé de symbolique et ils conçoivent une nouvelle œuvre dans l’espace public.

Si le geste artistique apparaît simple au premier abord, la démarche qui le sous-tend n’en est pas pour autant dénuée de sens.
Au cours d’explorations urbaines dans les rues de leur quartier de Friedrichschain, Bosso Fataka récupère des encombrants (vélo cassés, échelles, canapés, matelas, etc.) et selon leur nature, choisit un lieu où leur installation aura le plus d’impact. Il s’agit alors de les emballer, de les arrimer au mobilier urbain avec du cellophane pour mieux les exposer et interpeller l’oeil du citadin. On se retrouve à mi-chemin entre l’arte-povera et les emballages de Christo et Jeanne-Claude : l’injection de sens dans l’objet du quotidien et sa valorisation dans l’emballage.

Le caddy de l'Alex

Par exemple, un caddy se retrouve complètement emballé et attaché à un poteau au centre de l’Alexanderplatz, coeur de Berlin, noeud des transports en commun et surtout grand centre-commercial. Critique évidente de la société de consommation ou simple objet d’interrogations, d’attraction pour les travailleurs en transit et les touristes en ballade ? Qu’importe, l’installation interpelle et cela suffit aux jeunes Bosso Fataka.

Autre victime favorite du collectif, les matelas. Ces objets-chéris du repos se retrouvent sadiquement attachés au mobilier urbain, la larme à l’oeil et dans une position à contre-emploi de leur habituelle horizontalité. Une démarche qui semble vouloir inciter à la pitié du passant, cet avide consommateur l’abandonnant ainsi à un triste sort après l’avoir cédé à la rue. Habituellement ignorés et évités sur le trottoir, l’objet en étant fait prisonnier, retrouve par cette mise en scène le sens qu’il avait perdu en étant jeté.

Bien d’autres allégories sont utilisées pour solliciter l’esprit du berlinois : ces échelles installées en hauteur, inaccessibles donc inutiles, des emballages de différents objets (chaises, tuyaux, de panneaux, de morceaux de mannequins) formant des sculptures mi-fascinantes, mi-flippantes.
Au final, à la vue des ces détournements urbains utilisant le décor de la rue et les éléments déchus de notre consommation on pourrait oser le terme de « street-arte povera ». Reste à voir si le collectif fait des émules et s’il saura enrichir sa démarche en explorant d’autres territoires urbains en y mettant en valeur d’autres objets pour créer de nouveaux messages, de nouvelles symboliques.

Quoi qu’il en soit, Bosso Fataka a trouvé un terreau fertil pour son art : il y a en effet peu de chances que les matelas arrêtent de s’entasser sur les trottoirs, le cellophane ne risque pas de disparaître des rayons et même la (permissive) police berlinoise semble les laisser libre de leurs gestes artistiques (voir ce petit reportage de ZDF Kultur, en allemand donc). Nous ne manquerons pas de relayer leurs prochaines créations cellophanées.

CB

Les photos suivantes sont tirées du Facebook du collectif. Pour plus de clichés, voir le Flickr de -lucky cat-.

2 réflexions sur “Bosso Fataka, street-arte povera.

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