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Faire le choix de son chez-soi : l’avenir de l’habitat participatif.

Sortir du marché privé de logement

« Vous avez un budget restreint mais l’envie forte de devenir propriétaire dans la maison ou l’appartement de vos rêves ? », pourrait-on lire sur le panneau publicitaire de Bouygues Immobilier. Devant le chantier bruyant d’un nouvel « écoquartier », ce panneau vous offrirait le photo-montage d’une jolie blonde et d’un homme séduisant, peut être légèrement métissé, pour s’adresser à la population française dans sa diversité. Ce couple moderne, dynamique et entreprenant serait en train d’admirer, les yeux pleins d’étoiles, leur nouvelle acquisition foncière : un magnifique T3 dans un immeuble type « futuristico-neohaussmanien », BBC, certifié ISO 14001, bref imbattable sur la question énergétique.

Alors, au volant de votre voiture, à vélo, à pied, en rentrant du travail ou l’après-midi de votre journée de congé, vous lèveriez encore une fois le regard sur l’annonce publicitaire et vous songeriez, résigné : « c’est donc ça le bonheur ».

Au placard vos rêves de maison sur pilotis, votre appartement XVIIIème retapé et l’ancienne fabrique de chaussette réhabilitée en loft spacieux. Le panneau défilant vous l’aurait enfin fait comprendre : vous n’avez tout simplement pas les moyens de rêver!

Publicité pour les bâtiments basse-consommation de Bouygues Immobilier.

Ces logements neufs du marché privé sont vendus à des particuliers comme vous en tant que résidence principale ou à des financiers qui recherchent des produits d’investissement sûrs puisque dans « la pierre ». Et même « la pierre » a été remplacé depuis longtemps par une imitation collée à même le parpaing, la pressante crise du logement relayée par les médias, vous pousse à investir vite pour ne pas manquer la « bonne affaire ».

Image de projet de logements Vinci à Aix-en-Provence et immeuble Kaufman & Broad en phase finale de construction.

Calmez-vous une seconde et réfléchissez à la possibilité de vous offrir le lieu de vie que vous voulez vraiment, en partenariat avec d’autres rêveurs comme vous.

Depuis quelques années, l’habitat participatif pointe son nez. Le mouvement est né du refus de se soumettre à la seule offre de logement neuf standardisée produite par les géants de la construction qui alignent et superposent le plus souvent des lots identiques, distincts seulement par le nombre de chambres à coucher. La prise de conscience écologique et solidaire, l’envol des prix en centre-ville sont encore autant de raisons qui ont poussé de nombreuses personnes à chercher une alternative à la promotion privée.

Qu’est-ce que l’habitat participatif ?

Le principe est assez simple : un seul et même groupe d’individus élabore son projet de logement. La démarche quant à elle demande du temps et un investissement personnel. En premier lieu, il faut constituer un collectif (entre amis, réseaux associatif et/ou plate-forme d’échange). Puis il est nécessaire de définir un projet commun qui passe par la détermination de l’emplacement (centre ville, périurbain, campagne), le type d’habitat (immeuble, maisons), le choix des espaces mutualisés (jardin, laverie, salle polyvalente.), l’architecture ou encore les matériaux. Il faut également définir les règles du vivre ensemble car, une fois le bâtiment livré, c’est toute la vie quotidienne qu’il faudra organiser, notamment pour les espaces partagés.

Parallèlement, une prospection doit être mise en place pour trouver le terrain, difficulté principale car il s’agit de court-circuiter la promotion privée qui mène une veille active sur le foncier. Enfin, étape essentielle, il faut définir la forme juridique de l’association en copropriété, société civile (SCI, SCA, SCCC, etc.) ou société commerciale (SARL, SAS, etc.). De ce montage juridique dépendront certaines aides allouées par l’Etat pour la construction comme le crédit d’impôt pour l’utilisation d’énergies renouvelables ou encore ou la TVA à 5,5%.

Bref, il faut savoir s’entourer de professionnels compétents pour augmenter les chances de réussite du projet et trouver un organisme bancaire qui a confiance en vous. Le Crédit Coopératif, qui se positionne comme un des acteurs privilégiés de l’éco-habitat, est la banque la plus investie dans les projets participatifs. Par ailleurs, l’assistance à maîtrise d’ouvrage pour l’habitat participatif se développe de plus en plus et certains urbanistes, architectes, juristes et/ou ingénieurs se positionnent professionnellement pour participer à la réussite de cette entreprise collaborative.

Le blocage français

Développé à grande échelle à l’étranger, ce concept basé sur l’autopromotion s’installe avec du retard en France. En Allemagne, en Suisse, en Hollande, au Quebec, au Danemark, l’habitat participatif est en train de devenir un outil d’aménagement à part entière. A l’inverse, dans l’hexagone, on ne compte pour le moment que quelques initiatives isolées.

Plusieurs facteurs viennent expliquer notre frilosité. Tout d’abord, on peut citer la méconnaissance du principe de l’autopromotion (d’où la raison de cet article) sans doute souhaitée par les lobbys immobiliers qui n’ont pas intérêt à ce que leur rôle dans la chaine de construction de logements soit remis en question. Cependant, il ne faut pas se reposer trop vite sur la théorie du complot et assumer notre part de torts. Culturellement, beaucoup de français aspirent dès qu’ils en ont les moyens, à la maison individuelle. S’ils sont si récalcitrants au logement collectif c’est que le pavillon, selon le paysagiste urbaniste Bertrand Folléa, est le résultat du  » mythe du petit château  » et de la «  démocratisation du modèle bourgeois sans voir qu’en changeant d’échelle, on changeait de modèle  » (1).

Autre explication : la difficulté de pouvoir concurrencer des promoteurs privés. Ainsi, face à la trésorerie de ces mastodontes du logement, même bien préparé, le collectif d’individus avec son projet d’habitat participatif sous le bras, ne pourra surenchérir que très difficilement sur le prix du terrain, ce dernier partant alors au plus offrant. A l’exception de villes comme Strasbourg qui, dans des opérations publiques d’aménagement, ont pratiqué une réservation du foncier spécialement pour l’habitat participatif, la France traîne derrière sa voisine Allemande où certaines villes réservent 15% de leur foncier logement pour l’autopromotion.

Enfin, la complexité juridique, réglementaire et les contentieux en urbanisme sont tels en France que, parfois, les projets finissent par échouer tant leur initiateurs sont démoralisés par le processus chronophage du montage de projet.

Ainsi l’habitat participatif ne se développera chez nous qu’à condition que les pouvoirs publics s’engagent à y réserver une place de choix dans le paysage du logement français. Ce nouvel outil paraît indiscutable dans son rôle à jouer contre la crise du logement et la crise énergétique puisqu’avec l’autopromotion 15 à 20% d’économie seront faits par rapport au marché privé.

Les futurs habitants « participatifs » de l’éco-logis de Strasbourg construit en auto-promotion.

Puisse cet article démontrer que la démarche de concevoir son futur logement en communauté n’appartient pas seulement aux néo-hippies révoltés contre le devenir de la société. Il y aura, au contraire, autant de type de logements participatifs que de projets collectifs. Pour ce faire, même si l’individu à sa place en tant que tel et n’est pas obligé de se fondre dans le groupe, la valeur sinequanone pour parvenir à l’aboutissement du projet sera l’efficacité du dialogue entre les futurs acquéreurs et leur volonté de faire émerger des modes d’habiter différents des propositions formatées des géants du BTP. 

La Salière à Grenoble, un immeuble de logement participatif crée par cinq familles.

MD

______________

(1) Le Monde.fr du 25 février 2012

Sitiographie :

– Exemples de projets d’habitat participatif :

http://saliere.blogspot.com/

http://www.habitatgroupe.org/

http://www.ecoquartier-strasbourg.net/

– Les acteurs qui peuvent aider à la création du projet :

http://www.habicoop.fr/spip.php?page=sommaire

http://www.biennalehabitatdurable.fr/prix_habitat_durable.php

http://www.tekhne-architectes.com/#/accueil

9 réflexions sur “Faire le choix de son chez-soi : l’avenir de l’habitat participatif.

  1. Espérons effectivement que cette méthode ne soit pas simplement réservée à des personnes dont les métiers (urba, archi etc…) permettent de connaitre les ressorts de la réussite d’un tel projet (par une connaissance des élus, des contextes fonciers ou autres…) mais qu’elle se démocratise et s’adresse à des ménages dont les parcours résidentiels sont bien bloqués…des structures de médiation et d’assistance à maîtrise d’ouvrage éclairées pourraient surement assurer une aide au montage de ces projets pour des ménages n’étant pas familiarisés avec ces outils…bon article en tout cas!

  2. article qui donne envie d’entreprendre autrement et a le mérite d’être concret et d »apporter des solutions ,trés positif !!! ça fait du bien par les temps qui courent !

  3. Effectivement, cela donne envie de retrousser ses manches ! Pour info, en Rhône-Alpes, il y a une nouvelle structure qui accompagne les porteurs de projets (particuliers ou collectivités) : http://www.hapara.fr. Créée par deux femmes architecte et urbaniste, elle a déjà mis en place quelques belles réalisations à Grenoble, notamment Bi-Home (habitations à géométrie variable qui s’adaptent aux évolutions de la structure familiale) : http://www.hapara.fr/References/projets-realises.html. A découvrir …

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