Let it Bimby3

Let it Bimby !

Un nouveau concept d’habitat se développe aujourd’hui : le BIMBY (Build In My Back Yard). Il se traduit littéralement par  « Va Construire dans Mon Arrière Cour » et s’illustre comme un projet de recherche financé par l’ANR (Agence Nationale pour la Recherche) pour une durée de 3 ans. D’une par Le sigle francophone VCDMAC, il faut l’avouer, sonne moins bien et puis rendons à César ce qui appartient à César : BIMBY trouve son origine chez nos confrères anglo-saxons. L’origine du mot vient de l’opposition au syndrome NIMBY1 avec lequel on doit comprendre cette fois ci «ne construit SURTOUT PAS dans mon jardin ». NIMBY a été inventé à la fin des années 80 pour traiter du phénomène d’individualisation grandissant de la société occidentale, entrainant une survalorisation de la propriété privée. Ainsi, face à des projets dit d’intérêt général: espace public, zone de circulation et équipements de toute sorte, les habitants de certaines villes s’insurgeaient contre toute initiative d’aménagement, de peur de voir disparaître un bout de leur lopin de terre.

BIMBY répond donc directement aux préceptes du NIMBY et tente d’expliquer que céder une partie son terrain inoccupé peut rendre tout le monde heureux. Rien que ça !

Une définition 

BIMBY donne la possibilité aux habitants, propriétaires de leur maison avec jardin de construire plus facilement un autre logement pour la location ou la vente. Dans le dernier cas, une division parcellaire permettra de construire une seconde maison ou plus sur le terrain d’origine. Pour ce faire, l’autorité publique qui a la compétence de l’urbanisme (la commune, l’intercommunalité) doit permettre de faciliter la division foncière. En effet, séparer son terrain en deux n’est pas une mince affaire compte tenu des règlements d’urbanisme qui exigent une superficie et une configuration particulières ou encore du coût de la division qui, en fonction des frais de notaire et de géomètre, peuvent rendre frileux plus d’un propriétaire.

Projection d’une nouvelle construction de maison en « campagne » par Terra Design, bureau d’étude spécialisé dans la division parcellaire.
Projection par Terra Design de deux possibilités de construction de maison sur une parcelle divisée en ville.

BIMBY, un levier socio-économique

BIMBY peut être un outil porteur d’espoir pour les citoyens en difficulté face aux deux grandes crise qui touchent l’hexagone: celle du logement d’une part et la récession économique de l’autre. Pour le propriétaire qui divise son terrain, il résultera une entrée d’argent conséquente. Le ménage acquéreur, quand a lui, disposera de foncier à un prix abordable, aujourd’hui difficile à trouver sur le marché.

Dans les communes qui expérimentent le principe, à l’image de Tremblay-sur-Mauldre dans les Yvelines, de nombreuses solutions apportées par la construction BIMBY ont été soulevées. Par exemple, des retraités n’étant plus capables physiquement d’entretenir un jardin devenu trop grand accueillent la maison d’un jeune couple. Véritable catalyseur de solidarité inter-générationnelle, BIMBY permet encore à des parents d’offrir à leurs enfants en ménage la possibilité de s’installer sur un terrain qui leur était inaccessible financièrement. L’enjeu écologique est également soulevé puisque le revenu d’une division foncière peut permettre d’investir pour des travaux de rénovation thermique.

Plus de liberté juridique ….

La clé de la réussite BIMBY est donc dans les mains des politiques publiques qui peuvent en favoriser les initiatives grâce à un Plan Local d’Urbanisme adapté. Bien sur, les projets devront être contrôlés pour lutter contre la pure spéculation immobilière qui pourrait amener à la construction de n’importe quoi n’importe où. Notons cependant que la réglementation très contraignante en vigueur aujourd’hui est loin d’avoir empêchée la mise en place d’aberrations urbaines et architecturales. On savait, grâce à Montaigne, que « trop de loi tue la loi ». Actuellement, le droit de l’urbanisme français en est la preuve par excellence. Excessivement complexe pour être compréhensible par Mr Martin  propriétaire lambda, c’est plutôt Martin Bouygues ou autres promoteurs-constructeurs qui, grâce à des montages juridiques et quelques billets bien placés, font fléchir de nombreux blocages institutionnels. Les multiples documents d’urbanisme indéchiffrables sont loin d’avoir enrayé la destruction des paysages périurbains au profit de l’étalement pavillonnaire, bien au contraire.

Aussi, comme le défend indirectement le processus BIMBY, il ne faut pas avoir peur d’affaiblir l’urbanisme réglementaire au profit d’un urbanisme de projet, autrement dit des initiatives de constructions plus libres, analysées au cas par cas.

… Pour plus de qualité urbaine ?

En terme de qualité urbaine, là où le principe frappe fort c’est par la densification grâce à la maison individuelle. BIMBY prouve qu’il n’y a pas que la croissance verticale des logements pour solutionner la raréfaction du foncier. Il s’oppose donc à la stigmatisation systématique du modèle pavillonnaire. En effet, les discours anti étalement urbain condamnent les lotissements, grands représentants d’une société individualiste et sur-consommatrice d’espaces et d’énergie. Mais, en facilitant la construction dans le tissu déjà urbanisé, BIMBY offre un outil pour se loger plus facilement, moins cher et sans détruire les espaces ouverts restants : terres agricoles, forêts, zones humides dont l’équivalent d’un département disparaît chaque année au profit de lots à construire. Les ménages aux revenus moyens ont ainsi d’autres perspectives possibles que la quête d’un terrain toujours plus éloigné des agglomérations. Ces derniers sont par ailleurs injustement montrés du doigt puisqu’ils sont la cible des constructeurs de « maisons traditionnelles » qui, motivés par des bénéfices juteux, leurs vendent une dangereuse image de réussite sociale en devenant propriétaire de logements de médiocre qualité et éloigné de toute urbanité.
Le résultat est sans appel : les nouveaux habitants sont trop souvent exclus des services de première nécessité. Ils risquent de le devenir encore plus en assistant, impuissants, à l’augmentation toujours plus forte du prix de leur plein d’essence pour se déplacer.

Densifier pour mieux se déplacer 

L’initiative BIMBY doit donc être parallèle à un projet de transport en commun qui pallie l’usage quasi-exclusif de la voiture dans les zones pavillonnaires. Compte tenu de la densification des territoires par les nouvelles constructions individuelles, les politiques publiques n’auront plus d’excuses : les infrastructures auront assez d’utilisateurs pour être rentables et mises en place. BIMBY, cercle vertueux de l’urbanisme ?

Plus de 40 ans après la chanson des Beatles, il faut espérer que les autorités responsables de l’urbanisme « laissent faire » cette initiative individuelle car, tout en étant privée, elle peut être citoyenne et aller dans le sens de l’intérêt général. Encadrée et conseillée par des professionnels, « Let it Bimby » pourrait ainsi devenir un des nouveaux sons de cloche de la ville durable.

Maëlle Despouys

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